Stefanie Busch
Outbound Passage
10/02/12 - 23/03/12
 
       
La Galerie Ilka Bree est heureuse de présenter Outbound Passage, la première exposition personnelle en France de l’artiste allemande Stefanie Busch.

Née à Dresde en Allemagne de l’Est en 1977, Stefanie Busch est devenue adulte dans l’Europe Unie. Cette trajectoire joue un rôle important dans sa pratique et dans le regard qu’elle porte sur son environnement. Une partie de son travail est basée sur une vaste archive photographique qu’elle a constituée lors de ses différents voyages à travers l’Europe de l’Est et plus particulièrement en ex Yougoslavie. Elle questionne ainsi l’évolution et la transition de ces anciens régimes socialistes vers des sociétés capitalistes. Ses caissons lumineux sont faits de nombreuses couches d’images individuelles extraites de l’archive évoquée plus haut. Elle les découpe sous la forme de feuilles grises transparentes qu’elle combine de manière abstraite en les superposant sur une feuille de plexiglass rétro éclairée. La lumière génère une image, comme un vidéogramme, qui donne le sentiment de voir l’état intermédiaire, la transition entre deux images animées. « Les souvenirs sont ainsi faits » précise-t-elle, « les fragments qui les composent n’offrent quasiment plus de netteté de sorte qu’il n’est plus possible de les décrire avec précision ». Les nuances de gris qui parcourent ce travail démarré en 2008 lui confèrent un aspect formel qui vient souligner la distance que souhaite installer l’artiste avec le sujet.

The Good Times Are Killing Me est composé d’un ensemble de sérigraphies réalisé à partir de photographies prises en 2009 lors d’un séjour de plusieurs mois dans le Midwest des Etats-Unis. Stefanie Busch souhaitait y observer les manifestations et les conséquences tangibles de la récession au début des années 1980 jusqu’à la crise financière d’aujourd’hui. La confrontation entre l’attente, l’espoir et la réalité est au cœur de ce travail. Cette région des États-Unis montre aujourd’hui les signes visibles d’un effondrement partiel du système. L’artiste s’est intéressée en particulier aux codes et aux signes qui décrivent l’effritement du capitalisme. Articles de journaux, plans de villes, panneaux publicitaires vides, immeubles abandonnés, scènes de la vie quotidienne lui ont servi de matière première. Aux stigmates les plus criants, les plus spectaculaires, elle a préféré ceux plus marginaux qui, selon elle, interrogent avec plus de réalisme et de consistance la situation d’une Amérique au jour le jour. Stefanie Busch a examiné avec attention les conséquences de la dégradation de la situation économique et en particulier les transformations « pragmatiques » qu’elles ont parfois entrainées en milieu urbain. À Détroit par exemple, un ancien opéra a été converti en parking. Le sentiment de mélancolie qui dans d’autres circonstances aurait pu accompagner la disparition de ce lieu culturel n’a pas résisté à l’urgence du contexte, la réussite fonctionnelle de ce nouvel équipement inattendu et nécessaire. Dans cette énorme ville en grande partie désertée, les effets de la faillite du système sont visibles. Le nombre croissant des immeubles abandonnés et des terrains vagues a été l’occasion pour les habitants d‘expérimenter avec un optimisme tempéré par une colère sourde des solutions alternatives et créatives. L’agriculture urbaine s’est par exemple développée dans la capitale déchue de l'industrie automobile, du simple potager conquis sur les gravats, au jardin communautaire ou à la ferme coopérative de plusieurs hectares.

L’œuvre de Stefanie Busch transmet quelque chose de l’ordre de la désillusion et de la disparition de ce qui un temps a été en apparence stable et ordonné. Où sont les cicatrices de ces changements et à quoi ressemblent-elles ? Comment fait-on face aux souvenirs, aux espoirs, à la désillusion, la réalité… ?
© Busch, Schatten, 2010, encre de chine sur papier, 65 x 50 cm