Boris Mikhailov
Banzai!
29/09/11 - 12/11/11
 
       
Pour la deuxième fois, la Galerie Ilka Bree a le plaisir de consacrer une exposition personnelle au travail du photographe ukrainien Boris Mikhailov récompensé par de nombreux prix internationaux dont le prestigieux Hasselblad Award. L’artiste, né en 1938, ayant vécu dans le contexte totalitaire de l’ancienne Union Soviétique s’est particulièrement fait remarquer à travers sa série Case History inscrite dans le genre de la photographie documentaire sociale qui montre à Kharkov, sa ville natale, des personnes sans-abri. Ce travail emblématique dont la dimension historique est indéniable formule un témoignage critique sur l’échec du communisme. D’un point de vue plus général sur son œuvre, Boris Mikailov s’attache à mettre en lumière des personnes vivant à la lisière des conventions et des garanties sociales, des normes, et tente de restituer à travers l’image la complexité, les différences et les paradoxes de nos sociétés contemporaines.

Les photographies couleur rassemblées sous le titre Banzai!* ont été réalisées à Tokyo au cours de l’hiver 2006/2007. Une trentaine d’œuvres encadrées ou non, de formats variés, lèvent le voile sur ce que l’artiste a intercepté au cœur de la mégalopole japonaise, des scènes spontanées qui relèvent du banal et du quotidien. En adoptant cette posture inattendue, loin des clichés conquérants qui circulent largement sur un Tokyo successfull, l’artiste entraîne le spectateur à s’interroger sur ses propres attentes à l’égard d’une exposition ayant pour thème le Japon.
Banzai! présente des scènes de rue ordinaires, « normales », qui au premier regard paraissent inoffensives. Dans un second temps, les images laissent entrevoir des détails qui aux yeux d’un spectateur occidental apparaissent étranges, bizarres voire grotesques. Comme si le spectateur regardait ces scènes de vie avec les yeux du photographe. Boris Mikhailov prend ses distances avec le «phénomène vu» japonais. Il ne montre pas ici un city guide de la capitale nippone, de la ville électrique… À contre courant, il s’est attaché plutôt à montrer la vieillesse, la pauvreté, les relations interpersonnelles, des visages, des gestuelles, des langages du corps, à restituer le sentiment de solitude…
Deux autres approches, l’une sur « l’amour » et l’autre plus « politique », emmaillotées cependant dans l’intérêt que l’artiste porte sur la diversité des cultures contemporaines, donnent à réfléchir et posent, comme l’écrit Boris Mikhailov, la question suivante : "what is the difference between Japan and me?".
L’aspect documentaire et social de cette série trouve un écho retentissant avec les évènements récents qui se sont déroulés au Japon. Les images sur les catastrophes naturelles et leurs conséquences ont envahi les écrans du monde entier en ayant pour effet de complexifier notre regard sur cette île lointaine.

* En français, Banzai veut dire hourra et a notamment servi de cri de guerre aux soldats japonais kamikazes durant la seconde guerre mondiale.

Cette année, le travail de Boris Mikhailov a fait l’objet d’expositions personnelles entre autre au Museum of Modern Art (MOMA) à New York et à la Galerie Barbara Weiss à Berlin. Le musée Art Hall à Tallinn, Estonie, lui consacre actuellement une exposition monographique et il est également au générique de plusieurs expositions collectives à la Fondation François Pinault à Venise, à la Tate Modern à Londres et au New Muséum à New York.
© Boris Mikhailov, sans titre, 2007, C-Print, 40 x 30,4 cm, Ed. 5